BAPS à la Tour Eiffel : au-delà de la polémique par Nitaï Gaurasundara Das

Le Billet d'humeur

BAPS à la Tour Eiffel :
au-delà de la polémique

Par Nitaï Gaurasundara Das

Bonjour à toutes et à tous.

Si je fais bien attention à mettre « Mesdames » en premier, eh bien, c’est pour ne faire aucune discrimination, car il y a deux semaines, un sujet très, très brûlant était là, sur toutes les télévisions nationales et internationales.

Une affaire qui a fait beaucoup, beaucoup de bruit.

Les employés de la Tour Eiffel, symbole national français par excellence, se sont mis en grève pendant une journée pour lutter contre les discriminations hommes-femmes qui auraient eu lieu de la part du mouvement hindouiste BAPS.

BAPS, très peu connu jusque-là, s’est donc fait connaître à travers toute la France, non seulement pour le temple magnifique qu’ils avaient inauguré à cette occasion à Bussy-Saint-Georges, mais parce qu’ils avaient demandé, lors d’une visite à la Tour Eiffel, de n’avoir aucune femme à l’étage.

Ils avaient en effet privatisé tout un étage de la Tour Eiffel pour leurs cent vingt-cinq moines présents pour l’inauguration de leur temple et, bien évidemment, pour la présence aussi de leur gourou.

Alors, ils auraient demandé à l’équipe dirigeante de la Tour Eiffel d’éviter qu’il y ait des femmes présentes sur cet étage qu’ils avaient privatisé.

La Tour Eiffel, au cœur de la polémique évoquée dans ce billet — Photo : TheDigitalArtist, CC0, via Wikimedia Commons.

Tout ne s’achète pas

Plusieurs conclusions s’imposent après cet événement.

D’abord, eh bien, tout ne s’achète pas. Une démonstration de force avec de grands moyens financiers…

Bon, le temple qui a été construit à Bussy-Saint-Georges a coûté la bagatelle de vingt millions d’euros.

À l’occasion de l’inauguration, qui a duré pendant quatorze jours, de grandes, grandes festivités ont eu lieu, où des milliers de gens étaient invités.

Il y avait à peu près six mille membres de l’organisation qui étaient venus des États-Unis, du Canada, d’Europe, d’Angleterre, etc.

Donc, ils avaient loué tout un tas de chapiteaux, de stands à Bussy-Saint-Georges, à quelque distance du temple, ce qui a coûté la bagatelle aussi d’un million d’euros seulement en location.

Je ne parle pas de tous les événements qui ont eu lieu là-bas. Et puis, bon, à l’occasion de cet événement de la Tour Eiffel aussi : location de onze bateaux-mouches privatisés.

Bon, ça coûte, hein.

Donc voilà, tout ne s’achète pas. Et particulièrement quand on mêle la religion, c’est dangereux. On est dans des eaux troubles.

Les mélanges assez ostentatoires où, apparemment, il y a beaucoup d’argent et de la religion, ça peut être dangereux, voire contre-productif.

En fait, dans notre pays, l’image du moine renonçant, ça reste quelque chose d’assez ancré dans l’idéal religieux occidental.

Un hindouisme très mal connu en France

Deuxième conclusion : l’hindouisme est très mal connu en France et, la plupart du temps, caricaturé.

On connaît l’image, plutôt, du gourou, qui est devenu un terme pratiquement péjoratif maintenant.

Et lors de cet événement, les journalistes ont parlé d’un « mouvement extrémiste hindou ».

En fait, pour ceux qui connaissent vraiment l’hindouisme, la notion d’extrémisme, ça n’existe pas.

Est-ce que, par exemple, on peut parler des Naga Babas ou des moines jaïns qui se promènent tout nus partout dans les villes et villages où ils vont ? Est-ce qu’on les considère comme des extrémistes ? Non.

Et pourtant, leur renoncement est extrême. C’est le cas de le dire, hein.

Est-ce qu’on parle des grandes statues géantes de vingt mètres de haut, de Hanuman, de Ganesh, de Shiva, qui fleurissent en Inde, dans beaucoup d’endroits, comme quelque chose d’extrémiste ?

Non.

Avec les médias, les infos rapides, on est dans la caricature et dans le sensationnel, hein, il faut bien le reconnaître.

Par exemple, dans cette histoire, le mouvement BAPS a été complètement jugé sans savoir ce que ce mouvement avait demandé à la direction de la Tour Eiffel.

Vous le savez, vous ?

Moi, je ne sais pas.

Bon, on a entendu toutes sortes de « on-dit ». Oui, il paraît que… Même les responsables de la Tour Eiffel, apparemment, ont dit qu’ils avaient peut-être un peu surréagi.

Il semble que BAPS n’ait jamais vraiment exigé que les femmes ne soient pas là.

Et puis, entre nous soit dit, on est en France. Les dirigeants d’un monument tel que la Tour Eiffel connaissent très bien le droit français.

S’ils avaient reçu un ordre quelconque de ce mouvement, ils étaient tout à fait en droit de lui dire :

« Bah non, nous, chez nous, ça ne se fait pas comme ça. »

Donc voilà, on condamne ce mouvement, on l’accuse d’être extrémiste, avant, bien sûr, qu’il y ait une enquête. L’enquête va durer longtemps.

Et voilà, tous les influenceurs, les journalistes, bon, ils se sont emballés.

Et du coup, cette inauguration en grande pompe de ce temple de Bussy passe complètement à côté.

Au passage, une semaine après l’événement qui a fait « plouf », il y a quand même quarante diplomates, des ambassadeurs de différents pays, qui ont été reçus à Bussy-Saint-Georges, au temple, dans cet événement massif.

Et parmi ces diplomates, il y avait des femmes.

Le BAPS Shri Swaminarayan Mandir de Londres — image d’illustration de l’architecture et de la tradition BAPS. Photo : Evka W, licence Creative Commons, via Wikimedia Commons.

Comprendre le renoncement des sannyasis

Alors, bien évidemment, l’hindouisme est caricaturé, l’histoire du gourou, mais là aussi, l’histoire des sannyasis est très, très mal comprise.

Alors qu’on a des moines, on a des trappistes qui font des vœux de silence, on ne tolère pas que des hindous puissent avoir des règles comme ça.

D’un autre côté aussi, le mouvement BAPS n’a pas été très, très habile à faire comprendre aux Français ce qu’était le renoncement d’un moine hindou.

Dans le Srimad-Bhagavatam, par exemple, un très grand écrit védique, il est dit que les hommes sont faibles et que c’est aux femmes de les protéger.

Donc, comment elles les protègent ?

En s’éloignant d’eux pour ne pas susciter de désirs charnels. Et c’est la façon dont elles protègent ces moines, qui sont un peu considérés comme leurs enfants.

Bon, bah ça, on n’en a pas du tout parlé, évidemment.

Quand la forme masque le message

Swami Prabhupada, fondateur du Mouvement pour la Conscience de Krishna, quand il était venu à la salle Pleyel en 1973… Il y avait beaucoup de monde, hein, et il avait été critiqué par les étudiants à l’époque, à la fac.

Critiqué sur le fait qu’il soit assis sur un asana, un fauteuil assez opulent.

Et bon, sur le coup, il a répondu aux gens :

« Mais ce siège, il n’est pas pour moi en particulier. Toute personne qui transmet des propos divins et qui est là pour informer sur la science de la spiritualité peut s’asseoir sur ce siège. »

Mais après coup, il avait dit à ses disciples :

« Écoutez, la prochaine fois, vous ne me mettez pas sur un siège comme ça, parce que ça crée apparemment des polémiques. »

Donc, c’est quelque chose qu’il faut savoir : positionner un gourou de façon trop ostentatoire, là aussi, montrer beaucoup, beaucoup de richesse et tout, ça peut aussi être mal vu, mal interprété.

A. C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada, fondateur de l’ISKCON — photographie placée dans le domaine public, via Wikimedia Commons.

Que venaient faire les moines BAPS à la Tour Eiffel ?

Alors, autre conclusion aussi, qu’on a passée sous silence : que venaient faire les moines BAPS à la Tour Eiffel avec leur gourou ?

Personne ne s’est posé la question.

Est-ce que c’était une visite touristique ?

Oh, ce n’est pas vraiment dans l’esprit d’un moine, hein, faire du tourisme. Alors, côté bling-bling, faire des selfies… Non.

On n’a même pas vu circuler, dans les tas de posts sur les différents réseaux, quelque chose où l’on voit ces cent vingt-cinq moines et leur gourou dans la Tour Eiffel.

Alors, dans une rare vidéo que j’ai vue personnellement, on voit le maître spirituel des BAPS lancer des pétales de fleurs sur la ville de Paris.

Et donc, en fait, c’était ça, parce que je connais aussi leur responsable. Et c’était ça, la raison de leur venue à la Tour Eiffel.

Ils venaient bénir la ville de Paris.

Mais ça, bien sûr, ça ne concerne personne.

Et bénir comment ?

Avec des messages de paix, d’harmonie, d’amour, de tolérance.

Mais bon, ce message-là, ça n’a pas du tout, du tout été relayé ni entendu. On a vu quelques rares vidéos, mais voilà, rien.

Pendant que le gourou bénissait la ville de Paris, il y avait des moines qui étaient là et qui chantaient des mantras de paix.

Où est le message principal des Védas ?

Alors, dernier point, dernière conclusion, quand même, qui se termine en question, finalement.

Ce temple inauguré récemment, premier temple hindou, premier temple védique en France, a été inauguré avec beaucoup de faste et en grand bruit : quinze jours de cérémonies, c’est beaucoup, quoi.

Où est le message principal des Védas là-dedans ?

Si on parle de temple védique, « védique », ce sont des textes. Alors, où est le message principal des Védas ?

Est-ce qu’il a été entendu lors de ces nombreuses interventions sur ce temple et le mouvement BAPS ?

Eh bien, pas beaucoup, finalement.

Parce que le principal message des Védas, c’est bien justement que nous ne sommes ni homme ni femme, nous sommes des âmes spirituelles :

Aham Brahmāsmi
L’âme spirituelle est d’essence divine.

C’est ce que disent tous les textes védiques, à commencer par la Bhagavad-Gita :

Dehino ’smin yathā dehe kaumāraṁ yauvanaṁ jarā…

C’est le message principal, finalement, des Védas et de la Bhagavad-Gita : on est une âme spirituelle.

Et donc, toutes ces discriminations homme-femme, ça n’existe pas.

À un niveau absolu, ça n’existe pas.

Aller au-delà du phénomène médiatique

Donc, évidemment, la France a son symbole, qu’elle féminise d’ailleurs : on parle de « la » Tour Eiffel.

Et toucher à ce patrimoine, ça a un petit peu dérangé les Français.

Mais je pense qu’il faut aller plus loin que juste le scoop, le phénomène d’emballement médiatique, et se poser de vraies questions.

Si le mouvement BAPS veut transmettre ce message d’harmonie, de paix, il est essentiel, déjà, de démarrer par ce message védique : on est une âme spirituelle.

On est une âme spirituelle.
C’est fondamental.

Merci à tous et à bientôt.

Nitaï Gaurasundara Das
Le Billet d'humeur — Radio Gandharva Gana
Crédits photographiques :
Tour Eiffel — TheDigitalArtist, CC0, via Wikimedia Commons.
BAPS Shri Swaminarayan Mandir, Londres — Evka W, licence Creative Commons, via Wikimedia Commons. Image d’illustration : il ne s’agit pas du mandir de Bussy-Saint-Georges.
A. C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada — Eequor, domaine public, via Wikimedia Commons.